Le changement climatique, le GIEC et le Panier

De rapport en rapport depuis sa création en 1988, le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) alerte le monde du changement climatique et préconise des mesures pour éviter et combattre le réchauffement global. Alors qu'un dernier rapport vient de sortir en octobre 2018, il faut déplorer l'absence de réaction des gouvernements mondiaux si ce n'est à travers des déclarations de bonnes intentions ou des COP dénoncées le lendemain ou trahies l'année suivante. 
Face à cela, il faut bien sûr continuer la lutte politique mais on peut aussi se demander ce que l'on peut faire avec son panier, en tant que consommacteur.

Le panier au défi du GIEC

Le rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) d'octobre 2018 préconise de limiter la hausse des températures moyennes à 1,5 °C et non 2°C pour éviter un emballement du changement climatique. En effet dans ce demi degré se trouvent de nombreuses conséquences comme le montre cette infographie. Ainsi ce demi-degré ce sont 10 millions de personnes en plus menacées par la montée des océans. C'est la fonte totale de la banquise en été non plus une fois par siècle mais tous les 10 ans. Ce ne sont plus les 3/4 des récifs coraliens qui disparaissent mais la totalité. Donc ce demi-degré est un vrai seuil à éviter dans le changement climatique.

Rappelons, comme le fait cette vidéo très efficace, ce qu'est le changement climatique actuel. Le dégagement de gaz à effet de serre depuis le début de l'ère industrielle (début XIXe siècle) bloque le rayonnement solaire dans l'atmosphère entrainant une hausse des températures moyennes d'une rapidité sans précédent. Ce réchauffement global cause des changements globaux mais aussi un changement des climats locaux et des phénomènes météorologiques plus violents. Ce changement du climat est d'origine humaine ce qui fait que l'on peut qualifier l'ère industrielle d'anthropocène, ère géologique dans laquelle la force principale de transformation est l'être humain. Certains penseurs poussent la réflexion plus loin à la suite d'Andréas Malm en appellant cette ère le capitalocène, le problème n'étant pas l'activité humaine en général mais la manière de produire liée au capitalisme. Quoi qu'il en soit cette origine humaine peut être aussi vue de manière positive, ce que l'homme à fait, il doit pouvoir être en mesure de le défaire ou de le corriger, à condition de le faire à temps, c'est-à-dire tout de suite, et c'est ce que montre le rapport du GIEC. 

Selon le GIEC, limiter la hausse à 1,5 °C passe par une réduction des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030 et la réalisation d’une « neutralité carbone » en 2050, neutralité qui consiste à émettre autant de CO2 qu'on en stocke. Il faut aussi agir sur tous les gaz à effet de serre (GES) qui sont principalement 3 : le CO2 le plus connu, le méthane (CH4, 20 fois plus puissant comme GES que le CO2) et le protoxyde d'azote (N2O, 300 fois plus puissant que le CO2 comme GES). Leurs émissions sont dues aux activités humaines de l'ère industrielle comme le montre l'image ci-dessous qui tient compte de tous les GES et pas seulement du CO2 pour une fois.

Donc si l'on veut limiter l'emballement climatique et ses conséquences majeures en restant en dessous de 1,5°C d'augmentation, il faut diminuer de 45% nos émissions de GES d'ici 2030. Cela vous semble impossible avec l'inaction des politiques, l'action des industries et des lobbies, notre immobilisme collectif... et donc on est tous foutu et on arrête de se battre...
Sinon je vous propose de le faire sans vous battre, voire même avec plaisir, simplement avec votre panier, qui rappelons-le peut changer le monde...
Cette révolution c'est simplement de manger de saison, brut, varié, bio, local et en circuit-court comme on le fait dans une amap. Ce n'est pas un des "petits pas" individuels souvent mis en avant pas des gouvernements qui ne veulent rien faire et se défaussent sur les citoyens. C'est un vrai changement de société mais que chacun peut initier soi-même, une révolution collective d'initiative individuelle si l'on peut dire.
Je vous propose donc de voir l'impact en terme de GES de chacun de ces principes : de saison, brut, varié, bio, local et en circuit-court.

Manger de saison

Les serres d'Alméria en Espagne, jardin de l'Europe

Manger de saison est évident et naturel en amap puisque l'on consomme ce que le producteur récolte à ce moment là. C'est aussi un de ses plaisirs : retrouver chaque année un légume avant de lui dire au revoir quelques temps après pour en retrouver un autre. En quoi ce plaisir de suivre les saisons permet-il de diminuer ses émissions de GES?
Manger désaisonnalisé c'est souvent consommer des produits du bout du monde ou plus précisément venus de l'hémisphère sud, qui est en décalage de 6 mois avec nous, ou venus de zones sans saison thermique comme les zones intertropicales. C'est le cas si souvent rabaché de manger des cerises en hiver. Là les émissions de GES sont évidentes :  ce sont les kilomètres parcourus, que ce soit en bateau ou pire en avion pour les produits les plus fragiles comme les cerises. Il n'y pas que les cerises d'ailleurs. Un des principaux légumes voyageant à travers le monde  pour être consommé hors saison dans nos supermarchés sont les haricots verts qui viennent du Kenya . Ce pays est devenu un des principaux producteurs de ce légume pour l'export depuis une trentaine d'années avec une culture posant des problèmes sociaux et environnementaux comme l'explique cet article. Quoi qu'il en soit ce sont 32 000 tonnes de haricots verts qui ont été importés en 2014 pour satisfaire notre envie d'haricots verts hors saison. On imagine la quantité de GES émise par tous les transports nécessaires pour faire venir ces légumes : avion ou bateau avec réfrigération, puis camion.

Manger désaisonnalisé n'émet pas des GES qu'avec les kilomètres parcourus mais surtout par les kilowatt-heures
dépensés. En effet, la plupart des produits désaisonnalisés ne viennent pas de loin mais de nulle part, c'est-à-dire de l'agriculture hors-sol. La désaisonnalisation des légumes de supermarché est plus, en volume, les tomates, poivrons, courgettes, aubergines toute l'année, que les cerises en hiver. Ces légumes d'été que nous voulons à tort consommer mauvais toute l'année plutot que bons en saison ne viennent pas de loin. Ils sont produits hors-sol sous serre en Bretagne, aux Pays-Bas ou en Espagne. Or l'agriculture hors-sol est gaspilleuse en énergie et très émettrice en GES. Les serres doivent être chauffées, ventilées et illuminées car les plantes réagissent à la durée d'ensoleillement. L'irrigation nécessitent des pompes. Les serres et les bâches de sol sont faites à base de pétrole. Les engrais et pesticides de synthèse ont aussi été produits en consommant de l'énergie.  Les plantes ne poussent pas dans la terre mais dans des substrats qu'il a fallu produire en dépensant de l'énergie. Un des plus courants est la laine de roche produite en faisant fondre de la roche en filaments, une paille en terme de dépense énergétique. Toutes ces dépenses énergétiques sont autant d'émission de GES. Par exemple, une étude réalisée dans le sud de la France dans des conditions de climat et d'ensoleillement positives, montre que les seules dépenses de chauffage et électricité (sans tenir compte des autres dépenses listées ci-desus) pour produire 1kg de tomates en serre nécessitent entre 5,5 et 7,2 kWh, soit l'énergie nécessaire pour 5 à 7 machines à laver ou 10 à 14 jours de fonctionnement d'un congélateur de 200 litres (conversion).

Manger de saison évite donc tout ce gaspillage énergétique et les émissions de GES qu'elles engendrent tout en profitant de légumes au meilleur de leur goût et de leurs qualités nutritives.

Manger brut

Manger brut est une autre caractéristique de l'alimentation en amap. Comme on achète directement aux producteurs, on achète des produits bruts que l'on cuisine soi-même et non des produits transformés par l'industrie agro-alimentaire.
En terme énergétique et donc d'émission de GES, principalement de CO2, cela a des conséquences énormes. Les tenants de l'industrie-agro-alimentaire diraient que si chacun cuisine son petit plat, cela utilisera plus d'énergie que si l'industrie le fait en grande quantité pour tous. Ce sont les fameuses économies d'échelle, principe de base de toute industrie et fondement-même de son apparition : produire en nombre pour produire de manière plus économique. Toutefois dans le cas qui nous intéresse, l'industrie agro-alimentaire, on peut simplement dire qu'elle fait mieux des transformations qui seraient inutiles sans elle. En effet la plupart des transformations que l'industrie agro-alimentaire fait ne sont nécessaires que parce que l'aliment est produit de manière industrielle et non par chacun dans sa cuisine. Je m'explique.
Si je prends un produit brut, je peux avoir une meilleure qualité pour le même prix que celui qui a servi de base au produit transformé et je peux donc le cuisiner simplement, voire presque pas. Un légume d'amap, bio, de saison, local et frais, est bien meilleur en goût et sa cuisine est minime. A l'inverse, pour créer sa marge entre le prix du producteur de l'aliment et le prix de vente, l'industrie utilise des produits de base de moindre qualité et une grande partie de la transformation sert à camoufler ce défaut initial. C'est le rôle des recettes complexes et des renforcements en exhausteur de goûts, sel, sucre, épices, extraits divers et additifs alimentaires. Produits en grande quantité, ces aliments transformés suivent aussi un circuit commercial long qui impose une conservation du produit pour qu'il soit consommable mais aussi pour qu'il ait l'aspect du frais et là c'est le rôle des émulsifiants, conservateurs et colorants divers. Au dela des risques que peuvent présenter certains de ces 500 additifs alimentaires utilisés par les industriels, leur multitude et leur omniprésence sont inutiles hors industrie agro-alimentaire.
Prenons un exemple concret trouvé au hasard dans le rayon conserve d'un supermarché : un poulet rôti purée tout prêt dans son assiette plastique. En version fait maison, vous auriez pris du poulet, un peu d'huile, du sel, du poivre, et pour la purée : pomme de terre, beurre, lait et on retrouve le sel et le poivre. Donc au total : 7 ingrédients pour un plat (assaisonnement compris) et que des aliments bruts non transformés au préalable, disponibles par exemple dans notre amap.
En version industrie agro-alimentaire voici la liste des ingrédients d'après le drive du distributeur : 

Purée de pommes de terre : Pomme de de terre, eau, beurre, crème, lait, sel, extraits d'épices, épice, conservateur E223 (disulfite de sodium). Viande de poulet traitée en salaison et rôtie : poulet , eau, sel,  dextrose de blé, amidon de pommes de terre, farine de blé, oignons, arômes dont oeuf et gluten de blé, sel, ail, poivre, extrait de malt d'orge.

Au total, 17 ingrédients au minimum car arômes et extraits d'épices comportent plusieurs ingrédients chacun. De plus parmi ces ingrédients, beaucoup sont déjà des produits transformés et non bruts : les arômes et extraits d'épices, le E223, le dextrose de blé, l'amidon de pomme de terre, l'extrait de malt d'orge. Ce plat cuisiné est loin d'être un des pires mais il comporte déjà 3 fois plus d'ingrédients que la version maison dont 1/3 sont déjà transformés. Tous ces ingrédients supplémentaires par rapport à la recette maison ne sont dus qu'à la transformation agro-industrielle pour réhausser le goût et l'aspect, conserver le produit, son aspect et son goût. Il n'y a donc pas d'économie d'échelle puisqu'on rajoute des étapes et des ingrédients.

Quel rapport avec le changement climatique et les émissions de GES? Chaque étape, chaque ingrédient présents sur l'étiquette sont une étape de transformation supplémentaire qui a nécessité de l'énergie pour sa production et pour son transport jusqu'au site de transformation finale. Chaque ingrédient supplémentaire de la liste de composition est une transformation qui a son coût énergétique et donc son émission de GES.

Manger brut c'est donc éviter toutes ces étapes qui produisent des GES qui ne sont pas justifiés que par la transformation industrielle. Il est donc meilleur pour le climat mais aussi pour notre santé et pour notre plaisir de prendre des produits bruts de qualité que l'on transforme peu soi-même.

Manger diversifié, c'est-à-dire redevenir omnivore

Manger diversifié, manger un peu de tout est très important pour que notre alimentation émette peu de GES. C'est le cas d'une alimentation en Amap. Le panier de légumes est varié, plus que n'importe quel étalage de supermarché. Sur une année c'est près d'une centaine de légumes et de variétés que nous consommons au fil des saisons. Quel intérêt de cette variété? Cela permet de suivre le terroir, la saison, d'associer tous ces légumes pour avoir la culture la plus efficace et la plus naturelle possible et donc la moins émettrice de GES. Vouloir toute l'année des légumes d'été cause des GES, nous l'avons déjà vu. Vouloir toujours pommes de terre et carottes et rien d'autre est aussi problématique : si les agriculteurs ne cultivent que ça il faudra des engrais et des pesticides car les monocultures épuisent le sol et favorisent maladie et parasite. On se retrouvera donc aussi avec une alimentation émettrice de GES.
Cet éloge de la diversité alimentaire en terme de GES remet aussi en cause le régime alimentaire hypercarné qui s'est installé en France et dans les pays riches au cours du XXe siècle. Cette démocratisation de la viande s'explique par la hausse du niveau de vie et par des raisons historiques qu'explique l'article : Le légume et la cuisine française. Conséquence : à partir des années 1960-70, notre régime alimentaire se centre sur un morceau de viande entouré de féculent avec, au mieux, un légume décoratif. C'est le triomphe du steack-frites, célébré par Roland Barthes, avec sa version low cost du steack-haché. Ce régime occidental qui n'est qu'une suite de plats de viande à chaque repas pose problème, d'autant plus qu'il gagne aussi les pays émergents comme la Chine ou l'Inde. Cette alimentation à base de viande biquotidienne repose sur le développement d'un élevage industriel, en stabulation voire même en ferme-usine pour produire assez de viande et peu chère, condition de cette alimentation. Or l'élevage est un énorme émetteur de GES comme le montrent les diagrammes, qu'il soit laitier (diagramme 1) ou à viande (diag.2). L'élevage représente à lui seul 18% des émissions de GES soit plus que les transports (voir l'article).
Toutefois l'élevage, comme l'agriculture, n'existe pas, il y a deux modèles : paysan ou industriel. Observons le diagramme 2 pour comparer ces deux modèles : un élevage industriel en stabulation et un élevage paysan, bio, au pré, à l'herbe et en petit troupeau comme dans notre amap. Certaines causes ne concernent que l'élevage industriel. La gestion des effluents et  les épandages n'existent pas dans l'élevage paysan au pré, les déjections retournent dans la prairie et leur faible quantité évite un surplus qui cause l'émission de protoxyde d'azote. De même, pas d'engrais, ni pesticide pour les cultures et pas d'émission de GES pour la production d'alimentation animale puisque les bêtes broutent de l'herbe au pré à la différence de l'élevage industriel où toute la nourriture est apportée voire importée. Les deux catégories LUC sont les changement d'usage des sols. En vert foncé, ce sont les zones déforestées en Amérique du sud principalement pour produire du soja pour les bêtes. En gris vert, c'est la déforestation toujours principalement en Amérique du sud, au Brésil, pour installer des troupeaux pour l'exportation. Ces changements d'usage des sols émettent des GES car la déforestation supprime des puits de carbone. Là encore ces deux causes ne concernent pas un élevage paysan.
Reste la cause principale : plus de 40% des émissions sont dues au méthane des rots, c'est-à-dire à la fermentation dans le système digestif des ruminants. Cette fermentation est due à la digestion de l'herbe qui est faite de cellulose. Cette émission de méthane est donc inévitable mais peut être compensée. C'est le cas dans l'élevage au pré qui est un écosystème presque nul en terme d'émission de GES. En effet, les vaches émettent du méthane mais la prairie est un puits de carbone qui annule cette émission de méthane des ruminants (voir article et image 2). Ce système a même un bilan positif si l'on est dans un système de bocage avec des haies qui fixent aussi du CO2.
Ce n'est donc pas l'élevage en général qui émet des GES mais bien l'élevage industriel. Un élevage paysan, bio, de petite taille avec des bêtes au pré, dans un bocage et mangeant de l'herbe devient même positif pour le climat car le système de prairie bocagère devient un puits de carbone. Toutefois nourrir la population avec un tel élevage implique de réduire la consommation de viande fortement avec de la viande 1 à 2 fois par semaine et de mettre au centre de notre alimentation légumes, céréales et légumineuses. Certains appellent cela du flexitarisme mais il s'agit seulement de redevenir omnivore, comme avant l'extension de la viande au cours des années 1960.
Paradoxalement, les régimes sans viande ni produits animaux comme le végétarisme ou le véganisme, pourraient aussi poser des problèmes de GES, s'ils étaient étendus à toute la population. Tout d'abord, la recherche d'équilibre nutritionnel ou la découverte de ces régimes à la mode poussent de nombreuses personnes vers les gammes industrielles, les aliments exotiques conçus comme des supers aliments ou les plats ultra-transformés qui, vegies ou non, causent de grosses émissions. De plus, le véganisme s'oppose à toute utilisation de l'animal donc conduit à la fin de tout élevage. Or cela a des conséquences très négatives pour l'agriculture : comment produire des légumes et des céréales en bio sans fumures animales compostées? Une agriculture sans animaux ne pourrait être bio et conduirait à un usage d'engrais chimiques. Cela interdirait un des systèmes agricoles les plus efficaces en agroécologie et les plus vertueux par rapport au climat en tant que puits de carbone : l'agrosylvopastoralisme.

Il est donc fondamental pour que notre assiette n'émette pas trop de GES de la diversifier au maximum. Pour cela, il faut diminuer la présence de la viande qui ne doit plus être le centre de notre régime ni le centre de chacune de nos assiettes comme c'est le cas depuis une 40aine d'années. Il faut consommer un peu de viande issu d'élevage  paysan, bio, locaux qui sont vertueux en terme de GES et permettent des systèmes agricoles biologiques. Il faut refuser toute viande issue d'élevages industriels qui sont une catastrophe pour le climat. L'essentiel de notre alimentation doit se concentrer sur les légumes, les céréales, les légumineuses dont il faut savoir apprécier la diversité et qu'il faut apprendre à cuisiner pour eux-mêmes et non comme des substituts de plats de viande. Les cuisines régionales, locales, traditionnelles comportent nombre de recettes les associant et qui peuvent nous inspirer dans notre évolution culinaire comme le montre la cuisine italienne par exemple.​​

Manger local

Manger local comme dans une amap est une évidence pour lutter contre les émissions de GES et en premier lieu contre celles de CO2 causées par les transports. Mais comme toutes les évidences, il est bon de les interroger :  quelles économies de CO2 sont permises par une alimentation locale?

Chacun connait le chiffre qui revient souvent sur ce sujet des transports alimentaires : un aliment de supermarché parcourt 2400km du producteur au consommateur. Un article récent questionne ce chiffre pour en retrouver la source. S'il peine à la retrouver, il trouve d'autres chiffres tout à fait aussi intéressants. Pour la journaliste Joanna Blythman : ce sont aux Etats-Unis "1 770 km pour un produit alimentaire moyen et 3 540 km pour le chariot moyen européen en 1993". L'organisme environnemental québécois Equiterre cite pour 2004, une distance de 2500 à 4000km pour une produit alimentaire moyen de grande distribution. Un autre chiffre interpelle dans cette même étude : un repas traditionnel anglais émet 650 fois plus de GES s'il est issu de produits importés que de produits locaux. Bref même si le chiffre précis de 2400 km est difficilement sourçable, il en existe de nombreux autres qui montrent que manger local réduit les km parcourus et donc les GES émis par les transports.  
Ces chiffres peuvent paraître énormes mais ils sont encore sous-évalués : ils ne tiennent compte que des produits bruts, le plus souvent des fruits et légumes pour les différentes études, alors que l'essentiel de la nourriture consommée en supermarché est transformée voire ultra-transformée et donc les GES émis additionnent ceux des différents ingrédients comme des différentes étapes de transformation et des transports entre chaque.
Une autre manière de chiffrer le coût écologique de ces transports est de quantifier les émissions de CO2 par produits comme l'a fait un article anglais. Les quantités de CO2 émises sont évaluées en kg/kg, c'est à dire le nombre de kg de CO2 par kg de produit. Pour être plus clair, un produit qui a 1/1 signifie que le transport d'1kg de ce produit à émis un kg de CO2. Ainsi un kg de viande de boeuf argentin, tellement à la mode et apporté par avion coute à l'atmosphère 6,33kg de CO2. Des tomates saoudiennes fréquentes en hiver dépensent 1,2 kg de CO2 par kg de tomates toujours par avion. De même des asperges venues à contre saison du Pérou sont à 1,44 kg de CO2 par kg d'asperges. Arrêtons cette liste mais d'autres produits sont cités dans l'article comme le si veggie-fashion-avocat qui en toute saison coûte 0,89 kg de CO2 par kg d'avocat. 
Il est donc impératif de manger local pour limiter les transports. Trois transports servent principalement aux transports de marchandises alimentaires : avion, bateau et camion. Paradoxalement en France le train sert peu alors qu'il est le plus écologique. Pour limiter l'avion et le bateau, il faut juste ne pas acheter de produits lointains comme on vient de le voir avec les exemples ci-dessus. Pour limiter le camion c'est-à-dire le transport routier de marchandises, il faut acheter vraiment local mais l'économie de GES devient alors importante. Les transports représentent en effet 14% des GES émis comme le montre le document de haut de page.  Le camion, le transport routier de marchandises représente lui 30% des émissions de GES du secteur des transports (voir doc. 1) soit environ 4% du total des émissions de GES. Sur ces transports routiers (voir doc. 2), la part de l'alimentation est la plus importante : 24% à laquelle il faut rajouter la moitié des marchandises groupées c'est-à-dire tous les produits emballés et transportables comme n'importe quel produit. Tout compte fait, les émissions du transport routier dédié à l'alimentation représente donc plus de 1% des 49 gigatonnes de GES émis (en 2010) soit environ 500 millions de tonnes de C02 par an.

Manger local en évitant les produits du bout du monde mais aussi et même surtout en achetant près de chez soi est donc une solution facile pour réduire efficacement l'empreinte carbone de notre alimentation.

​La semaine prochaine : on mange bio pour le climat.​

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