Agriculture et changement climatique

Le changement climatique est dû à l'émission de GES, gaz à effet de serre, qui s'accumulent dans l'atmosphère et retiennent une partie du rayonnement solaire provoquant un réchauffement de la température globale de l'atmosphère. Comme toutes les activités humaines, l'agriculture est liée au changement climatique.
Quels liens entre agriculture et changement climatique?

Pour comprendre le réchauffement climatique en 4 mn, une petite vidéo du Monde.
​(Cliquez sur les images pour voir les schémas.)

Agriculture productiviste et réchauffement climatique

Source Greenpeace

L'agriculture productiviste est un des premiers émetteurs de GES dans le monde, si ce n'est le premier, au même niveau que les transports ou l'industrie, secteurs dont les émissions sont plus évidentes ou plus visibles. En France, le secteur agricole représente 20% des GES émis et est le 2e secteur émetteur juste derrière les transports (source : Fondation Hulot).
Si l'on considère le système agroalimentaire dans son ensemble, production agricole, transformation, transports et distribution des produits et gestion des déchets alimentaires, cela représente la moitié des émissions de GES dans le monde (source : GRAIN)
Regardons comment grande céréaliculture et élevage intensif contribuent au réchauffement climatique.

La céréaliculture produit des GES de différentes manières. Le plus connu des GES est le CO2 qui vient principalement de la combustion d'éléments organiques. Or la céréaliculture est très mécanisée et tous ces moteurs que ce soit des tracteurs ou autres engins mais aussi de tous les systèmes d'irrigation. consomment du carburant et libèrent du CO2. Cette mécanisation essentielle dans la céréaliculture intensive s'est accompagnée d'un remembrement et d'une destruction des haies pour faciliter le passage des engins. La disparition des haies a ainsi enlevé un puits de carbone important de nos campagnes car les haies absorbent beaucoup de carbone : taillées chaque année, elles passent leur temps à recréer du bois et pour cela absorbent du carbone, plus encore qu'un arbre classique qui en absorbe principalement en cours de croissance. 
La céréaliculture utilise aussi beaucoup de pesticides que l'industrie doit produire en émettant du CO2. Elle est aussi très gourmande  en engrais azoté. Or la production de ces engrais entraîne un dégagement de CO2. Les engrais émettent aussi du protoxyde d'azote (N2O) qui est un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. Ce protoxyde d'azote se dégage lorsque des engrais azotés en grande quantité se dégradent dans le sol. Le N2O a la particularité aussi de rester 120 ans dans l'atmosphère et de participer à la destruction de la couche d'ozone. Cette utilisation intensive d'engrais  stérilise le sol en désagrégeant la matière organique et en détruisant la microfaune et flore. Ce sol stérile n'absorbe plus non plus de CO2 comme le fait un sol riche en humus.

L'élevage intensif est quant à lui le plus gros émetteur de GES et surtout dans sa version hors-sol type ferme des 1000 vaches, des 1000 veaux, des 23 000 porcelets ou des myriades de volailles. D'ailleurs, plus la concentration des animaux est importante, plus la quantité de GES émise par animal est grande. Il y a bien sûr les maintenant célèbres rots de vaches. En effet la rumination qui permet de dégrader la cellullose dans le tube digestif des ruminants dégage du méthane (CH4) qui est un GES 20 fois plus puissant que le CO2. Les excréments des animaux sont aussi émetteurs de GES, du méthane et du CO2 qui s'échappent dans l'atmosphère quand ils sont épandus ou mis à composter. La méthanisation est souvent envisagée comme une solution pour ne pas laisser s'échapper le méthane du lisier mais le capter et transformer les excréments en méthane combustible. Cette solution est valable dans de petites unités de méthanisation dans la polyculture car elle nécessite une quantité importante de matières sèches (paille, tiges de maïs...) qu'il faut sinon produire exprès entraînant alors les émissions liées à cette céréaliculture suplémentaire (Sur les défauts des grands méthaniseurs). 
Cet élevage hors sol ne produit pas la nourriture du bétail mais l'importe le plus souvent sous forme de tourteaux de soja OGM sud-américain. Pour une ferme de 1000 vaches ce sont 40 tonnes quotidiennes qui doivent venir par camions et par bateaux de l'autre bout du monde en émettant du CO2. La production des céréales et du soja qui nourrissent les bêtes produit elle aussi du CO2 et du protoxyde d'azote comme toute céréaliculture. Au Brésil, principal fournisseur du bétail européen au détriment de sa population, cette production de soja se fait par destruction des grands forêts comme l'Amazonie entraînant ainsi la disparition d'un des principaux puits de carbone mondiaux. L'Amazonie perd ainsi chaque année une superficie équivalente à 3 fois le département de l'Allier.
Enfin cet élevage intensif hors sol émetteur de GES remplace l'élevage extensif en prairie qui est un système quasiment neutre en terme de GES. Bien sûr les vaches rotent aussi dehors mais la prairie est un des couverts végétaux qui absorbent le plus de GES. Un hectare de prairie absorbe 1 tonne de carbone par an ce qui compense le méthane émis par les bovins qui pâturent cet hectare pendant cette durée (selon une étude du CNRS).

Il y aurait donc un élevage climatiquement acceptable et plus généralement une agriculture, mais on préfère, on subventionne et on encourage ces agricultures qui causent directement le changement climatique en émettant des GEs et en détruisant des puits de carbone.

Changement climatique et agriculture : mutations et Périls

L'agriculture quoi qu'elle essaie de faire depuis 60 ans est liée à un terroir et à un climat à tel point qu'en Bourgogne un terroir viticole qui fait parfois moins d'un hectare et donne naissance à un cru singulier s'appelle un climat, fusionnant ainsi les deux idées. Le changement climatique provoqué en grande partie par l'agriculture intensive a donc à son tour des conséquences sur l'agriculture et sur les agriculteurs. 

Une augmentation de l'irrigation problématique.
Il y a tout d'abord des conséquences qui semblent évidentes. Ainsi si le climat se réchauffe et s'assèche dans les zones méditerranéennes, tropicales et même tempérées, cela va entraîner un accroissement de l'irrigation que ce soit pour irriguer plus les plantes qui le sont déjà ou pour irriguer celles qui jusqu'à maintenant n'en avaient pas besoin. Cela pose deux problèmes. Tout d'abord, celui des coûts de production bien sûr puisqu'irriguer coûte cher, surtout en matériel, ce qui risque de pousser les agriculteurs à l'endettement pour l'équipement. Il y a aussi le problème de la ressource en eau. Une culture comme celle du maïs, par exemple, est déjà une culture qui consomme beaucoup d'eau pendant la saison chaude et n'est rentable qu'avec une forte irrigation au point même qu'elle consomme une grande partie de l'eau française. Le réchauffement climatique va augmenter ce problème et il n'y aura alors qu'une alternative : arrêter cette production, ce qui est tout à fait envisageable, ou irriguer encore plus et assécher les cours d'eau français sachant que certains petits fleuves vendéens ne vont déjà plus jusqu'à la mer, vidés avant par l'irrigation du maïs (pour un point plus complet sur maïs et irrigation voir l'article sur Sivens). Cette augmentation de l'irrigation sera  donc un double problème agricole et environnemental.

Changement climatique et bouleversement des vignobles.
D'autres cultures risquent d'être fortement touchées : la vigne par exemple. Ce n'est pas un problème d'eau car la vigne se débrouille toujours pour trouver l'eau dont elle a besoin, mais d'alcool. La construction des vignobles européens a été une aventure complexe et longue pour arriver à faire du vin en combinant 4 facteurs : climat, terroir, conduite de la vigne et cépage, c'est-à-dire espèce de raisin. En effet toutes les espèces de raisin n'ont pas besoin du même ensoleillement, de la même durée de maturation, bref n'ont pas le même rapport au climat.  En fonction de son climat, chaque vignoble a donc choisi le ou les cépages qui lui permettaient de faire un bon vin c'est-à-dire un bon raisin. Un bon raisin pour le vin a deux caractéristiques. Il doit avoir une bonne teneur en sucres qui permettra la fermentation et d'avoir une teneur en alcool correcte (12 à 14 ° selon les crus). Il doit conserver une bonne acidité qui permettra au vin d'avoir du goût, de se conserver et d'avoir une bonne structure. Ainsi les vignobles méditerranéens ont choisi des cépages qui avaient besoin de beaucoup de soleil alors qu'un vignoble plus septentrionnal comme celui de Bourgogne s'est fixé depuis un édit du duc de Bourgogne Philippe le Hardi en 1385 sur un seul cépage rouge, le pinot noir, qui mûrit plus vite.
Cette longue histoire entre climat, terroir et cépage pour faire des vins de qualité est remise en cause par le changement climatique. Plus de chaleur, plus longtemps, va augmenter la teneur en alcool des vins et supprimer leur acidité entrainant perte de goût et problème de garde. Certains vignobles ont déjà été obligés de changer leur manière de cutiver ou de vinifier pour éviter des cuvées à 16° d'alcool. Les épisodes de très forte chaleur comme lors de la canicule de 2003 peuvent aussi modifier la teneur des vins rouges en polyphénols qui assurent couleur et équilibre des vins rouges. Enfin, le réchauffement climatique, c'est surtout plus d'énergie dans l'atmosphère, c'est-à-dire plus d'orages d'été et plus d'orages de grêle qui sont les pires ennemis de la vigne car ils viennent déchiqueter les grappes formées et ruinent la vendange( voir photo).
Tous ces facteurs menacent les grands vignobles français et européens qui doivent leur renommée et leur qualité à cette construction historique. Ainsi la Bourgogne a subi des problèmes de polyphénols en 2003, connait sur les 3 dernières années des orages de grêle qui chaque été touchent la production. Si la teneur en alcool augmente sur ce vignoble, cela entrainera une perte de finesse de ces vins qui font leur originalité. Tenter une adaptation en changeant de cépage pour un cépage aimant plus le soleil, c'est changer le goût du vin mais aussi l'identité même du vignoble caractérisé par ce cépage unique : on imagine mal un Clos-Vougeot ou une Romanée Conti à base de grenache. (pour continuer sur le vignoble bourguiggnon, voir article de Reporterre).
Reste des solutions envisageables en transformant les manières de cultiver pour minimiser les effets : orientation de la vigne, taille, effeuillages divers ou recherche de cépages adaptés comme cela se fait dans le Bordelais qui risque d'être très rapidement touché (voir article de Reporterre). A côté de ces vignobles classiques qui souffrent, d'autres vignobles se développent actuellement dans le sud de l'Angleterre alors qu'il aurait été impensable d'y produire du vin il y a seulement 20 ans. Toutefois que sera le champagne, quand il ne sera plus  produit qu'aux alentours de Londres?

Parasites, maladies et changement climatique.
Il n'y a pas que les cultures qui risquent de se déplacer avec le changement climatique, il y a aussi les maladies et les parasites. Des chercheurs d'Exeter (Royaume-Uni) ont montré que les ravageurs de tous types (insectes, champignons, bactéries, virus, etc.) progressent de près de 3 km par an en direction des pôles. 
Si l'on reste dans le domaine viticole, la flavescence dorée est une maladie qui détruit la vigne et qui se cantonnait au sud de la France mais avec l'augmentation des températures, elle a progressé vers le nord touchant le Bordelais puis au cours des dernières années le sud de la Bourgogne. La progression est donc rapide et touche toutes sortes de parasites qui migrent vers le nord avec le réchauffement.
De même, la fièvre catarrhale du mouton, une maladie grave des ovins, était confinée au bassin méditerranéen car le moucheron vecteur du virus ne supportait pas les températures du reste de l'Europe. Depuis 1998, l'Europe du nord a vu son climat se réchauffer et des moucherons ont migré transportant la maladie. Ils ont même transmis le virus à d'autres espèces d'insectes du nord qui sont devenus de nouveaux vecteurs plus adaptés pour disséminer localement cette fièvre ovine. Ainsi la maladie s'est rapidement adaptée à une nouvelle région ouverte par le réchauffement climatique.
Le changement climatique permet aussi à des maladies ou des parasites de s'acclimater après avoir été introduits par hasard lors d'importations de plantes depuis d'autres régions du monde. Xyllela fastidiosa est une bactérie qui menace de très nombreuses plantes comme la vigne, les caféiers, les amandiers, péchers, pruniers, agrumes ou les oliviers. Elle a provoqué la maladie de Pierce qui a décimé le vignoble californien dans les années 1990 après avoir provoqué une chlorose des agrumes au Brésil dans les années 1980. Depuis 2013 elle cause la mort de milliers d'oliviers au sud de l'Italie dans les Pouilles au point de mettre à bas l'oléiculture locale. Ces bactéries voyagent dans des plantes importées et se transmettent d'une plante à l'autre ou d'une espèce à l'autre grâce à des insectes suceurs qui piquent les végétaux pour se nourrir de la sève et vont ensuite transmettre la bactérie à la prochaine plante sucée. Le changement climatique a deux effets sur ces maladies : il permet à la bactérie et aux insectes vecteurs de survivre dans des régions autrefois trop froides. Il favorise aussi la prolifération des insectes piqueurs : plus la période chaude est forte et longue, plus le nombre de générations de ces insectes au cours de la saison est grande.

Le changement climatique risque donc de transformer notre agriculture et de la rendre plus compliquée que ce soit par un besoin croissant d'irrigation, le développement de nouvelles maladies ou de nouveaux parasites. Il peut  même transformer la carte agricole en décalant vers le nord les productions actuelles et en transformant notre espace agricole et nos paysages. Cela pourrait même poser des problèmes alimentaires si un champignon comme la pyriculariose du riz qui s'est transmise au blé, parvenait en Europe et s'attaquait aux récoltes de blé comme il le fait actuellement au Brésil.

Changement climatique et agriculteurs : misère, migrations et terrorisme

​Le changement climatique touche gravement les agriculteurs et met en péril leur travail, leur revenu, leur mode de vie et même leur identité.

Un changement climatique  qui ruine les agriculteurs.
En France et dans les pays du nord, le changement climatique risque de toucher fortement le revenu agricole. Une augmentation des périodes de sécheresse implique un renforcement de l'irrigation qui est un surcoût de production pour le matériel à acheter, l'énergie de fonctionnement et surtout pour l'eau. En effet si la tension sur l'eau est générale, il est évident qu'elle devra être payée par les agriculteurs plus qu'elle ne l'est maintenant. L'acquisition du matériel est aussi une occasion de surendettement.
Le changement climatique, c'est aussi plus de risques pour les agriculteurs. La grêle risque d'être plus fréquente en été ainsi que les orages qui ruinent les récoltes. Le printemps plus chaud peut entraîner une floraison plus précoce qui peut souffrir soit de gelées matinales empêchant la formation des fruits, soit du manque de butineurs, encore immatures et donc d'une moindre pollinisation. Enfin, chaleur et irrigation conjuguées risquent de favoriser les maladies fongiques. L'agriculture française ne connait qu'un remède à ces risques : l'assurance. Ou plutôt les assurances car il en existe des dizaines, grêles, récoltes, orages, maladies, qui garantissent la récolte ou remboursent juste les frais engagés. Ce développement de ces assurances est même un marqueur très fiable des risques liés au changement climatique. La crainte d'été sec entraîne même depuis unou deux ans le développement d'assurances prairies. Le problème de ces assurances est qu'elles sont un surcoût énorme pour les agriculteurs : elles peuvent permettre d'amortir un accident mais tuent progressivement les agriculteurs en ponctionnant mois après mois leur revenu. Bien sûr ce système d'assurance est volontaire mais il n'est pas rare que les agriculteurs soient poussés par leur banque à devoir s'assurer pour de nombreux risques en échange de prêts ou de conditions de prêts. Tous ces facteurs devraient donc amoindrir les revenus agricoles qui sont déjà bas et fragiles.

Un changement climatique qui chasse les agriculteurs de leurs terres.
A l'échelle mondiale, le changement climatique va entraîner une montée des eaux importante. La fonte des calottes glaciaires va relâcher de l'eau dans les océans et l'augmentation de température dilatera les eaux océaniques. Cette montée des eaux aura un double impact sur les agriculteurs. Les zones côtières et surtout les estuaires ou les deltas sont des régions fragiles devant la montée des eaux mais aussi des zones de très forte population et d'agriculture : Bengladesh et Nord de l'Inde, Guangdong en Chine, delta du Nil et même Camargue... Ces régions ou la tension alimentaire est déjà forte vont voir leur surface agricole se réduire. Ainsi au Bengladesh, une montée des eaux probable de 1.5m devrait toucher 17 millions de personnes et 1/5 de la surface du pays mais la partie la plus riche en agriculture, celle qui nourrit en grande partie le pays. 
La montée des eaux océaniques ne se fait d'ailleurs pas qu'en surface mais aussi dans le sous-sol. Cette montée d'eau salée entraîne une salinisation des nappes phréatiques même parfois loin des côtes. L'eau devient alors impropre à la consommation et à l'agriculture.
Cette montée des eaux risque donc de chasser les agriculteurs de leurs terres  dans toutes les régions côtières qui sont aussi souvent de très grandes régions agricoles.

Un changement climatique qui pousse à l'exil et à l'émigration.
Le changement climatique touche particulièrement durement un arc qui va du Sénégal à la Syrie (carte ci-dessous). Dans cette région qui se compose principalement du Sahel, c'est-à-dire la marge sud du Sahara, les sécheresses annuelles se répètent depuis les années 2000. L'agriculture est ainsi privée de la saison des pluies sur laquelle elle repose : on sème avant la saison des pluies qui fait germer les graines, pousser les plantes qui ne font que finir de mûrir pendant la saison sèche. Ces sécheresses répétées épuisent les réserves et les lacs comme le lac Tchad à la frontière du Niger qui a vu sa surface divisée par 5 depuis les années 1960 alors qu'il était la principale réserve d'eau de 4 pays sahéliens. Cet arc de la sécheresse est aussi celui des des émeutes de la faim et du terrorisme, comme le montre les cartes ci-dessous. Y a-t-il un lien entre changement climatique et géopolitique?
Cette désertification de la zone qui va du Sahel à la Syrie cause de nombreuses émeutes de la faim mais a aussi de graves conséquences géopolitiques. Dans cette zone l'agriculture n'est pas comme chez nous le métier d'une minorité de la population : paysan est l'activité et l'identité de la quasi-totalité de la population. Des années de sécheresses successives signifient que c'est toute la population qui perd son activité et ses ressources. Pour pouvoir nourrir leurs familles, les hommes partent alors vers les villes. Ainsi les villes syriennes ont accueilli au cours des dernières années 1 million de paysans syriens fuyant la sécheresse mais aussi 1 million d'irakiens fuyant leur pays et cette même sécheresse. Ces villes engorgées et saturées  ne leur ont pas permis de trouver du travail les poussant à migrer plus loin c'est-à-dire vers l'Europe dans ces bateaux de fortune où ils sont entassés par des passeurs. L'origine de tous ces migrants méditerranéens : Syrie,  Niger, Mali, Erythrée, Somalie et Ethiopie, toutes les zones qui ont connu de grandes sécheresses depuis 2000. La destination finale de ces réfugiés climatiques fuyant la sécheresse : les camps de transit ou les trottoirs européens et pour 2000 d'entre eux sur les 40 000 de la période janvier-mai 2015, la mort au fond de la Méditerranée.

Un changement climatique qui conduit au terrorisme.
Qu'advient-il des autres, de tous ces paysans chassés par la désertification, exilés dans des grandes villes de leur pays et qui n'ont pas migré vers l'Europe? Mettez ensemble dans des villes pauvres sans travail des milliers d'ex-paysans déclassés et qui ont perdu leur fierté (nourrir leur famille), leur identité (paysan), leur culture et leur mode de vie (rural et agricole), que peuvent-ils faire? Ils s'accrochent au dernier élément de leur culture, leur religion, et se radicalisent ou sont radicalisés par des mouvements intégristes qui leur présentent la sécheresse et leur dénument comme une punition divine pour ne pas avoir été assez pieux. Ces mouvements intégristes et terroristes comme Daesh en Syrie, Boko-Haram au Niger et au Nigéria, se développent dans ces mêmes pays touchés par la désertification. Celle-ci leur permet de grossir leurs rangs des ex-paysans qui y retrouvent une place, un but voire une dignité même profondément indigne. Ce sentiment est renforcé par la progression rapide de ces organisations sur le terrain  qui n'ont à conquérir que des villages vides d'hommes en ayant pour opposition que les femmes et les enfants des paysans partis. Ainsi les camps d'AQMI, de Daesh et de Boko-Haram sont pleins d'anciens paysans chassés par la désertification et le changement climatique qui les a privés de leur subsistance mais plus encore de leur identité paysanne.

Bien sûr le changement climatique n'est pas la seule raison du terrorisme et des migrations mais dans des sociétés paysannes, il est un facteur fondamental que les Européens oublient trop souvent, eux pour qui l'agriculture compte si peu. Etre paysan est l'identité la plus répandue chez les humains et fondamentalement le changement climatique va la mettre à mal entre les agriculteurs du nord coincés entre dettes et prix de vente incertains et les agriculteurs du sud chassés de leurs terres par l'eau ou la sécheresse. 

De gauche à droite : la zone de désertification, les émeutes de la faim, les actes terroristes. En cliquant sur l'image , un fichier PDF de l'UNCCD, organisme de l'ONU contre la désertification, sur lequel s'appuie cet article.


​Travailler le sol pour sauver la terre?

 Si l'agriculture intensive est très largement responsable des émissions de GES et donc du réchauffement climatique, il  ne faut pas résoudre le lien agriculture / climat de la façon souvent utilisée par les tenants de l'agriculture productiviste : "de toutes façons on a besoin de produire des aliments alors tant pis".
En effet l'agriculture ne se résume pas à l'agriculture intensive ou productiviste et d'autres formes d'agriculture peuvent être moins préjudiciables voire bénéfiques au climat. 

La première chose est de rompre avec l'agriculture intensive et ses méthodes qui émettent trop de GES. En effet les autres pratiques culturales sont très positives en terme de GES. L'agriculture biologique n'emploie pas d'intrants chimiques. Cela évite les émissions de GES  lors de leur production par l'industrie ainsi que le dégagement de protoxyde d'azote lié à la présence de fortes doses d'engrais azoté dans le sol. Au contraire cette agriculture utilise des composts qui sont un des meilleurs moyens de capter du CO2 atmosphérique pour le remettre dans le sol. En poussant les végétaux captent du CO2 dans l'air pour grandir et se construire et le compostage fait retourner ce carbone dans le sol.

L'agroécologie ou la permaculture ont aussi les mêmes bénéfices en terme de GES. La permaculture qui jardine des espaces souvent plus petits est aussi peu mécanisée ce qui évite le CO2 lié aux engins. L'agroforesterie qui utilise des arbres en relation avec les plantes cultivées est très positive simplement par le fait qu'elle réintroduit les arbres dans nos campagnes. Elle installe ainsi autant de puits de carbone puisqu'en poussant l'arbre absorbe du CO2 et le stocke. La culture sous-couvert naturel qui consiste à semer les plantes, les céréales dans un sol déjà enherbé ou présentant un couvert végétal (trèfle par exemple) est aussi très positive par rapport à l'agriculture classique puisque la parcelle est constamment couverte évitant tout stockage de nitrate qui créerait du protoxyde d'azote et absorbant du CO2 toute l'année au lieu de n'en absorber que pendant la culture. 
En élevage aussi il est possible, hors du modèle productiviste hors sol, d'être neutre voire positif en terme d'émission de GES. L'élevage en pré et à l'herbe est neutre puisque les prairies absorbent une quantité de GES (CO2) qui compense l'effet des GES (CH4) émis par les ruminants au cours de leur digestion (voir article CNRS). Un élevage de ce type devient même positif en terme de bilan GES s'il se fait dans un paysage de bocage puisque les haies qui entourent les prés sont des puits de carbone très efficaces, plus efficaces que les arbres puisque tout le temps en croissance pour compenser les tailles annuelles. En effet, les haies taillées annuellement s'avèrent être les meilleurs puits de carbone de notre agriculture, entre autres qualités environnementales et culturales. 

En règle générale, toutes ces pratiques culturales ont pour principe commun de rendre au sol du carbone. Les plantes prennent le CO2 dans l'atmosphère, le fixent en poussant et le rendent sous forme de carbone lors de leur dégradation dans les composts. Cette utilisation de l'agriculture comme fixatrice de carbone dans le sol est au centre d'un programme international : le programme "4 pour mille". Ce programme montre qu'une augmentation de 4 pour mille c'est-à-dire de 0.4% de la quantité de carbone dans les sols mondiaux compenserait les émissions mondiales de GES. A l'inverse une perte de 4 pour mille doublerait les émissions mondiales de GES. Conséquence : le type de sols créés par notre agriculture est la clé pour résoudre le problème de nos émissions de GES et donc le changement climatique.
Avec une agriculture productiviste, les sols sont appauvris en carbone et l'on compense avec engrais, irrigation et travail profond du sol ce qui entraîne des émissions d'une grande quantité de GES. Avec des agricultures propres comme celles citées, on enrichit le sol en carbone par des composts qui libèrent dans le sol celui que les plantes ont pris dans l'atmosphère sous forme de CO2 au cours de leur croissance. Ce sol riche en humus (humifère) est très fertile, retient l'eau, n'a plus besoin d'engrais et permet d'excellentes récoltes tout en étant en même temps une solution de lutte contre le changement climatique.
Comme quoi travailler les sols de  manière respectueuse est sans doute la première solution pour sauver la Terre et son climat.

Le changement d'agriculture, d'un modèle productiviste vers des modèles propres, est encore une fois une clé pour notre avenir, et dans le cas présent, l'avenir du climat. Deux modèles s'opposent. L'agriculture productiviste est responsable en grande partie des émissions de GES et du changement climatique. En retour, ce changement climatique met à mal l'agriculture et les agriculteurs que ce soit chez nous ou dans les zones de désertification où il produit les deux plus grands désastres géopolitiques actuels : migrations et terrorrisme.
​A l'inverse, les agricultures propres, centrées sur un travail respectueux du sol et l'usage de composts semblent une solution pour le climat. Elles permettent non seulement d'absorber une grande partie des GES que nous émettons mais même de faire des sols et de l'agriculture un puits de carbone, absorbant le CO2 atmosphérique et "soignant" le changement climatique.

​Juin 2015

En complément de cet article, un numéro spécial d'Alternatives économiques, paru par la suite en septembre 2015.

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