Champs de bataille 3 : La Creuse, l'autre Far West

Connaissez vous un pays où des cowboys sans scrupule gardent des milliers de bovins? 
Connaissez-vous une terre promise que convoitent les chercheurs d'or? 
Ces grands espaces de liberté, c'est bien sûr le Far West, la terre de la ruée vers l'or,  d'une nature sauvage et de l'aventure pour les cow-boys...  
Eh bien non, depuis Montluçon, le Far (pas trop) mais plein ouest, c'est la Creuse. Et depuis quelques temps, en Creuse, on se croirait au Far West. Pas pour l'aventure et les grands espaces mais pour l'appât du gain et la brutalité de l'homme face à la nature. Bref tous les mauvais aspects du western qui ont fini par nous faire préférer les indiens.
Deux projets industriels sont en train de voir le jour, 2 GPII, grands projets inutiles imposés, selon la dénomination utilisée pour le barrage de Sivens ou la ferme des 1000 vaches dont nous avons déjà parlé. La Creuse, département trop souvent raillé pour être passé à côté de la "modernité", semble vouloir en remontrer avec  la ferme des 1000 veaux et le PER de Villeranges. Sauf que ces deux projets ne présentent aucune modernité et posent des problèmes écologiques importants :

La Ferme Des 1000 Veaux, Ça Vaut Les 1000 Vaches
Pourquoi Ne Pas Creuser La Creuse : le projet minier de Villeranges

La ferme des 1000 veaux, ça vaut les 1000 vaches

La ferme des 1000 veaux, c'est en fait le centre d'engraissement de broutards (jeunes bovins élevés pour la viande) de Saint-Martial-le-Vieux dans le sud de la Creuse. Projeté en 2010, il devrait voir le jour en 2015. Il est constitué de 2 bâtiments d'élevage accueillant 1000 veaux à engraisser hors-sol, c'est-à-dire sous hangar, pendant 240 à 260 jours ce qui fera au total un peu plus de 1400 taurillons produits par an.
Au départ le projet avait 2 objectifs : recréer de l'emploi à La Courtine qui a perdu de nombreux emplois au sein sa base militaire et permettre aux éleveurs locaux produisant des veaux de les engraisser localement au lieu de les vendre pour engraissement en Italie. Relocalisation et emploi, que demander mieux comme projet, à la fois social et écologique, sur le papier. Dans la réalité, c'est autre chose.

Au nom de l'emploi, des subventions pour faire n'importe quoi.
Parlons emploi. Le projet de Saint-Martial-Le-Vieux s'est appuyé sur cet argument au point d'aspirer de nombreuses subventions publiques. En effet le canton de La Courtine où sera l'atelier d'engraissement, a souffert de la perte de plusieurs centaines d'emplois au camp militaire de La Courtine.
Le projet a donc été développé là pour bénéficier du Plan Local de Redynamisation mis en place par l'Etat soit une subvention de 400 000€ abondée ensuite par le département ( 75 000€) et la région (150 000€). Les finances publiques ont donné au total 625 000€ pour sauver l'emploi en Creuse Sud. Plus précisément pour créer seulement 3 emplois : un technicien et deux ouvriers agricoles, seul personnel nécessaire pour faire fonctionner la ferme des 1000 veaux. C'est la première caractérisitique des GPII :  capter des subventions au nom de l'emploi pour ne pas créer d'emploi, voire empêcher des créations véritables.
En effet, rappelons qu'en élevage classique, il faut 2.1 personnes pour 50 vaches (ferme française moyenne), soit 42 emplois pour 1000 bêtes au lieu des 3 emplois de la ferme des 1000 veaux. Si l'on voulait vraiment créer de l'emploi avec des subventions publiques, on aurait pu créer 20 fermes classiques et créer ainsi 42 emplois en aidant ces éleveurs à l'installation. La subvention de la ferme des 1000 veaux répartie sur ces 20 fermes donnerait à chacune plus de 31 000 euros d'aide à l'installation. Le projet gâche donc de l'argent publique pour ne pas créer d'emploi, ou presque, alors qu'il aurait pu être utilisé pour une agriculture creusoise de qualité : naissance et engraissement dans une même ferme avec de l'alimentation locale.

Une fausse relocalisation.
La deuxième raison du projet est de relocaliser l'engraissement des veaux creusois au lieu de les envoyer en Italie.  Relocaliser c'est écologique et économique. On transporte moins, on produit local et on consomme local. Sauf que...
Le porteur du projet la SAS Alliance-Mille-Vaches (car on est sur le plateau de Mille Vaches) a pour actionnaire principal la SVA Jean Rozé, c'est-à-dire la filière viande des Mousquetaires-Intermarché. Elle s'est engagée pour 6 ans à acheter tous les animaux pour les abbattre à l'abattoir d'Ussel au cours du marché au cadran d'Ussel (qui fixe le prix de la viande). Le seul problème est que Jean Rozé deviendra le principal acteur de ce marché au cadran et pourra faire baisser les prix, ce qui touchera ainsi tous les autres producteurs de viande locaux et mettra en péril leurs revenus. La viande issue des de l'atelier d'engraissement des 1000 veaux sera commercialisée dans toute la France et le sud de l'Europe par Jean Rozé. Rien de local donc : on va transporter des carcasses et non des veaux.

Une aberration écologique.
Au contraire d'une vraie relocalisation, de nombreux transports vont être nécessaires : les veaux ne seront pas engraissés par de l'alimentation locale comme le prévoyait le projet initial mais par des importations de soja sud américain (donc OGM) apporté par une noria de camions. Si l'on est dans les mêmes proportions que la ferme des 1000 vaches on peut envisager 40t de nourriture par jour à apporter, de la paille et enlever les déjections (12 000 tonnes par an). Celles-ci seront pour l'instant épandues puis ensuite emportées au méthaniseur industriel si celui-ci est construit (le projet initialement prévu à Ussel va peut-être être fait à Saint-Martial même). Conclusion écologique : beaucoup de transports, d'émissions de GES, d'épandages de lisiers puis avec le méthaniseur d'épandage du digestat.
Rappelons ce que l'on avait vu pour la ferme des 1000 vaches, ce digestat est très polluant puisqu'un méthaniseur industriel utilise toutes sortes de déchets divers en plus du lisier. Deux solutions pour ce digestat : épandage ou transformation. Le digestat semble trop nocif pour un épandage local à Saint-Martial. Il devrait donc être séché pour en faire des engrais (mis en granulés),  mais aussi des pellets de bois pour la chaîne de magasins Leclerc.  Le problème est que les produits qu'il concentre, vont se retrouver dans la terre ou dans nos poêles, en fin de compte...

Une aberration agricole.
Sur ses deux objectifs initiaux : emploi et relocalisation, le projet semble donc peu efficace mais il pose aussi d'autres problèmes comparables à ceux de la ferme des 1000 vaches. L'élevage hors-sol et la concentration des animaux entraînent des maladies que l'on compense par les antibiotiques, problématiques pour la santé humaine. Le bien-être animal n'est pas pris en compte dans le bien nommé atelier d'engraissement dont les bêtes ne sortent jamais. La qualité de la viande est aussi problématique en raison des traitements médicamenteux, de l'alimentation au soja OGM sud-américain chargé en pesticide. Le symbole de qualité développé par la région limousine depuis une vingtaine d'années risque d'en prendre un coup, fragilisant tous les autres éleveurs qui profitent de prix plus élevés grâce à cette filière qualité.

Où les ennemis de mes ennemis sont aussi mes ennemis... (Là, même la loi du Far West est dépassée)
Les mobilisations contre le projet sont aussi compliquées que ce titre. On a vu qu'il existe donc de très nombreuses raisons légitimes de s'opposer au centre d'engraissement des 1000 veaux : projet coûteux, inefficace en terme d'emploi, aberrant aux niveaux écologique et agricole.
Toutefois, ce projet pose aussi un autre problème dans sa contestation même. Il a été prévu un moment que les bêtes soient abattues sans étourdissement (abattage Hallal ou kasher), ce qui n'est plus le cas actuellement. Toutefois, cela a permis à l'association islamophobe d'extrême droite Vigilance Hallal d'essayer de récupérer la protestation contre la ferme des 1000 veaux, non pas pour ses problèmes écologiques, mais car elle représente pour eux "un symbole de l'invasion musulmane de la France". Il est donc nécessaire de se méfier et de ne pas laisser récupérer une protestation légitime contre un projet inacceptable par une association à l'idéologie encore plus inacceptable. Pour des éclaircissements sur ce point, vous pouvez lire l'article de La Montagne.

Bref, la Creuse, c'est là aussi le Far West, quelques cowboys, des milliers de boeufs et toujours quelques vautours  qui tournent autour pour en profiter.

Pourquoi ne pas creuser la Creuse

A propos de profiteurs, laissons les cow-boys et penchons-nous sur les chercheurs d'or comme eux se penchent sur leurs battées. 
Ah non ce ne sont pas ceux-là, pas les chercheurs d'or avec un tamis en bord de rivière, les vrais, ceux qui creusent des mines à ciel ouvert, ouvrent le sol et en extraient des tonnes de gravats pour quelques grammes d'or.  
C'est le projet que la société COMINOR veut développer en Creuse grâce au PERM de Villeranges, un Permis Exclusif de Recherche Minière. Ce PERM a été accordé en novembre 2013 par le ministre du Redressement Productif Arnaud Montebourg et permet à cette filiale d'une société canadienne de faire des recherches c'est-à-dire des sondages pour rechercher des présences d’or, mais aussi de cuivre, d’argent, de zinc, d’antimoine, d’étain, de tungstène et de "substances connexes". La société a toute latitude pour le faire sur un périmètre défini près de Chambon-sur-Voueize et que vous pouvez voir sur la carte ci-dessous. Il ne permet pas d'exploiter mais aucune société ne recherche par plaisir car cela nécessite des démarches et des investissements déjà conséquents (3 millions d'euros) pour les seules recherches commencées depuis l'été 2014. De plus ce projet n'est pas neuf et Cominor n'a pas décidé au petit bonheur la chance de farfouiller vaguement dans le coin. 

Retour sur expérience : la mine d'or du Châtelet.
L'extraction aurifère a eu ces grandes heures localement... et ces lendemains sombres. A Budelière, juste au nord du PER sur la carte (point rouge), la mine d'or du Chatelet ouverte en 1905 a employé jusqu'à 300 personnes et permis l'extraction de 15 tonnes d'or avant sa fermeture en 1955.
Les lendemains du Chatelet sont très douloureux et le sont toujours. L'extraction d'or est en effet très polluante. Si l'on prend les chiffres du Chatelet : pour produire 20g d'or, il faut extraire une tonne de gravats, broyer, traiter au cyanure pour amalgamer et ce processus libère en même temps 10 kg d'arsenic contenu dans la tonne de roche traitée. Conséquence, deux poisons hautement toxiques, cyanure et arsenic, et des milliers de litres d'eau qui repartent dans la nature, et dans le cas présent la rivière la Tardes. De plus le broyage fin des gravats qui sont ensuite laissés sur place et exposés aux intempéries fait qu'ils libèrent aussi de nombreuses substances polluantes dont ils sont constitués (encore de l'arsenic par exemple). Cette pollution par la mine d'or du Chatelet a duré tout le temps de l'exploitation jusqu'en 1955 mais aussi ensuite : le site a été laissé à l'abandon sans que l'exploitant le dépollue jusqu'à ce que l'ADEME le fasse à sa place et à nos frais entre 2010 et 2013. On estime que, de 1955 à la dépollution, ce sont encore 5 à 7 tonnes d'arsenic par an qui ruisselaient du site vers la Tardes. A l'heure actuelle, le site a été dépollué, les gravats appelés haldes, terrils ou stériles sont confinés derrière une digue et des géomembranes pour arrêter le ruissellement des polluants vers la rivière. Bref l'histoire du Chatelet vient à peine de s'achever que Cominor veut remettre le couvert pour pire encore.
(Pour tout savoir et tout voir sur la mine d'or du Châtelet, cliquez ici)

Après le drame du Chatelet, le désastre Cominor. 
Le projet Cominor autorisé par le PER de Villeranges s'annonce bien pire que le Châtelet. En effet la teneur en or  du Châtelet était de 20g d'or par tonne de gravats, celle espérée pour Villeranges est au maximum localement de 5g/t et le plus couramment de 1 g d'or par tonne de gravats. C'est au nom de ce chiffre de production que le permis a été accordé. Aberrant, non? Chercher la très célèbre aiguille dans la meule de foin où elle est toujours est beaucoup plus simple puisque c'est un 1g de métal dans une 1/2 tonne de foin et ce n'est que du foin pas du rocher. Cela donne une idée du travail à accomplir.
Comment cela peut-il être rentable? Grâce à la forme d'exploitation envisagée : une mine à ciel ouvert (et non des puits et des galeries) avec des roches dégagées aux engins de terrassement qui sont ensuite broyées lavées par des millliers de litres d'eau et de produits chimiques qui iront ruisseler dans la nature. Cominor espère 30t d'or dans les 10 ans ce qui nécessite de dégager et de traiter chimiquement 6 000 000 de tonnes de gravats (en considérant le rendement maximal espéré de 5g/t, 30 millions de tonnes  de remblais pour le rendement plausible de 1g/t)). C'est le type de mine que présente l'image ci-dessus faite par l'association Stopmines23 sur le mode : la Creuse avant/après.

Cominor met le pied dans la porte avec le PER.
Le PER de Villeranges est pour COMINOR, une manière de s'imposer durablement. En effet, cette faible teneur en or a déjà découragé dans les années 80 un premier projet fait par la branche minière de Total car à l'époque le cours de l'or n'était pas assez haut (voir le projet Total sur minesencreuse.fr en cliquant sur la photo ci-dessus). Aujourd'hui on estime que le cours de l'or va augmenter en raison des besoins technologiques (ordinateurs, portables...). Cette mine est donc un coup de spéculation financière : on creuse des millions de tonnes de gravats non parce que c'est rentable mais parce que cela pourrait l'être. Autrement dit si cela ne l'est pas assez, on ferme et on s'en va sans rien dépolluer comme pour le Châtelet.
Le PERM est lui aussi un coup de poker : on sait déjà les teneurs en or puisque le projet Cominor reprend à l'identique le projet Total qui avait déjà fait les explorations. Mais l'avantage de ce Permis exclusif, c'est son caractère exclusif : la société Cominor se place comme seule sur le site et autour.
Pourquoi autour? Parce que le projet envisage la création d'un centre de traitement du minerai à Lussat mais celui-ci ne peut être rentable pour le seul périmètre de Villeranges. Le projet Total original justifiait cette même usine par le fait d'exploiter tous les filons de l'Est Creuse et pas seulement ceux du périmètre de Villeranges. Le PERM de Villeranges est donc un pied dans la porte par la COMINOR sur Villeranges mais aussi sur tous les autres filons possibles aux alentours. Une fois l'usine de Lussat en activité, COMINOR fera un chantage à l'emploi pour obtenir les autres permis locaux d'exploitation : soit on leur autorise à creuser partout ailleurs soit il ferme et licencie. La ficelle du chantage à l'emploi est classique, grosse mais toujours très efficace comme le montrent tous les GPII. La particularité ici c'est qu'elle est pensée avant pour passer du permis de recherche sur un site, à un permis d'exploiter sur ce site puis sur tous les autres autour. 

Un déni démocratique.
Le PER de Villeranges a un autre caractère propre au GPII : le déni de démocratie. Le PERM de Villeranges a été accordé par le ministre du Redressement Productif puisqu'il est lié à l'exploitation du sous-sol et qu'en France tout ce qui est lié au sous-sol dépend directement de l'Etat sans que les collectivités locales aient leur mot à dire. Certaines pourtant ne se sont pas privées de le dire, leur mot, et le plus souvent c'était non. Des mairies du périmètre l'ont fait mais, fait encore plus notoire, le conseil général de la Creuse. Autant le CG du Tarn et Garonne est mouillé dans le barrage de Sivens jusqu'au cou, autant le conseil général de la Creuse a demandé à l'unanimité le retrait du projet Cominor et du PERM de Villeranges le 19 mai 2014 (vous pouvez lire le texte très complet et intéressant du CG en cliquant ici). Cette mobilisation du CG de la Creuse n'a eu aucun effet sur le ministère. 
Face à ces élus locaux responsables, c'est l'Etat qui s'est montré inconséquent, non seulement par l'acceptation du PERM mais surtout par une procédure de consultation publique (obligatoire légalement) qui tient de la farce ( voir l'article de Reporterre. net) : du 24 juillet au 4 septembre 2013 (l'été et les vacances), tous les français qui le savaient, ont pu se prononcer sur le PER de Villeranges sur le site Internet du Ministère du Redressement Productif. Bilan : 10 réponses. Dans la catégorie : pas vu, pas pris, on fait guère mieux, mais c'est un bon moyen pour avoir l'absence de réponse que l'on souhaite à une consultation publique à laquelle la loi vous contraint. 

Un projet inacceptable au niveau écologique.
Pourquoi une telle manière de procéder que ce soit de la part de l'Etat ou de la COMINOR? Simplement parce que le projet est inacceptable. On va retourner des tonnes de cailloux pour des grammes d'or en pompant des milliers de litres d'eau tout en détruisant des espaces ruraux de bocage et l'ensemble des zones naturelles des gorges de la Tardes et du Cher.
En effet, le périmètre de Villeranges est en tête d'un vaste réseau hydrographique qui va être menacé par les polluants dus à l'extraction et à la production d'or à partir du minerai comme dans le cas du Chatelet. Que ce soit les eaux de traitement du minerai chargé en polluants ou les eaux de pluie qui vont s'écouler à travers les stériles (les déchets d'extraction), elles vont toutes rejoindre les eaux souterraines ou de surface avec tout ou partie de leurs polluants. Deux solutions : soit la seule nappe d'eau souterraine du département de la Creuse, soit le réseau hydrographique du Cher. Sur la carte, on voit la rivière la Voueize qui traverse tout le périmètre et rejoint ensuite la Tardes et le Cher jusqu'à Montluçon. Deux conséquences sur ces ressources en eau : surutilisation pour le travail de l'or et pollution par des produits chimiques dangereux. Que cette eau serve après pour les populations comme par exemple le réseau d'eau potable de Montluçon n'est pas le problème de la COMINOR ou de l'Etat.
Autre aspect sur lequel COMINOR et Etat s'assoient sans aucun remord : la richesse écologique des gorges du Cher et de la Tardes comme celle de l'Etang des Landes. La carte montre toute cette zone verte qui est protégée par deux sites Natura 2000  : "Gorges de la Tardes et Vallée du Cher" et "Gorges du Cher" et des ZNIEFF. En effet, ces gorges magnifiques conservent de nombreuses espèces dont la loutre (voir le détail ci-dessous), toutes liées à la qualité de l'eau. COMINOR et l'Etat font donc le pari que la loutre et les autres animaux protégés aiment l'arsenic. C'est osé, mais c'est ça l'esprit d'aventure de la ruée vers l'or.

Un projet obsolète.
La ruée vers l'or, c'est une vieille histoire et c'est peut-être cela le plus risible dans le PERM de Villeranges si le projet n'était pas si dangereux au niveau écologique : c'est un vieux projet d'un autre âge. Ce qui semblait normal quand la mine d'or du Chatelet s'est ouverte en 1905, c'est-à-dire extraire des tonnes de gravats, faire des tonnes déchets polluants, saccager des rivières et des pans entiers de l'environnement pour quelques grammes d'or par tonne est devenu inacceptable et c'est tant mieux.
D'autant plus qu'il existe d'autres solutions. Ce sont ce que l'on appelle les mines d'or urbaines c'est-à-dire le recyclage des produits électroniques pour récupérer l'or et les métaux précieux qu'ils contiennent. la démarche est inverse  : on prend des tonnes de déchets polluants qui sinon finiraient dans un centre d'enfouissement et on en extrait de l'or. Et vous savez quoi? Le rendement est le même : dans une tonne de déchets électroniques on trouve la même quantité d'or que celle que la COMINOR compte obtenir dans les roches creusoises.

En Creuse, avec le PERM de Villeranges, deux mondes s'affrontent : une économie prédatrice obsolète et une économie circulaire durable. Que COMINOR choisisse la première, c'est normal. Que l'Etat le fasse, cela montre une absence de vision globale : on ne peut pas construire le 2Ie siècle avec la pelle et la pioche du 19e siècle.
Alors pour signer la pétition contre le PERM de Villeranges, allez sur le site de l'association Stopmines23 qui lutte contre ce projet : http://www.stopmines23.fr/

Suites

Avril 2016 : La cominor a laissé passer son permis de forage qui expirait le 31 mars 2016. Voir l'article de Stopmines23. Reste à savoir si elle demandera à renouveler son PER en juillet prochain.

Carte : Un permis minier dans des zones naturelles et peuplées.

En bleu la zone du Permis Exclusif de Recherche Minière de Villeranges.
Le point rouge est l'ancienne mine d'or du Châtelet.

Les Zones en vert clair et vert foncé recouvrent les zones naturelles préservées de la vallée du Cher et de ses affluents (Voueize, Tardes et Tartasse principalement). Ces zones ont un triple classement. Il y a tout d'abord 2 Zones Natura 2000 "Gorges de la Tardes et Vallée du Cher" en Creuse et "Gorges du Cher" dans l'Allier .  Autour des zones Natura 2000, les milieux sont classés en ZNIEFF 1 et 2 (Zones écologiques de nature remarquable et zones fonctionnelles de nature remarquable). 

Tous ces classements sont liés à l'eau pour ces zones, pour préserver les gorges du Cher qui abritent de nombreuses espèces protégées : Ecrevisses d'Europe, Crapaud sonneur à ventre jaune, Triton crêté, de nombreuses espèces de chauves-souris, 4 espèces de poissons particulières et bien sûr la loutre (Pour des renseignements sur toutes ces espèces et la zone Natura 2000, cliquez sur Gorges du Cher pour avoir le document de synthèse justifiant la zone Natura 2000).
En bas à gauche, juste à côté du PER, l'Etang des Landes, classé réserve naturelle depuis 2004, seul étang d’origine naturelle du Limousin,  qui abrite 400 espèces végétales et 600 espèces animales, dont certaines protégées.
Ces zones vertes recouvrent la Voueize qui traverse toute la zone du PER avant de se jeter dans le Cher jusqu'à Montluçon.
En haut à droite la ville de Montluçon qui puise une partie de son eau potable dans le Cher et sera donc impactée par les pollutions.

Et les Indiens dans tout ça?

Dans ce Far West creusois auquel ce Champ de Bataille est consacré, il n'existe pas que des cow-boys, des chercheurs d'or et des vautours et le but de cet article n'est pas de décrier encore un département qui l'a déjà trop souvent été. 
La Creuse est un environnement magnifique et encore préservé et, à côté de ces prédateurs, il existe de nombreux indiens qui regardent la nature creusoise avec l'amour et le respect qu'elle mérite.
​La plupart des producteurs de notre amap montluçonnaise sont installés en Creuse dans des sites naturels superbes  : Frédérique Hel l'apicultrice a posé ses ruches sur le magnifique plateau de Mille Vaches, entre autres endroits. Thomas Glickmann et Carole Zufferli sont installés au coeur du bocage creusois non loin des surprenantes Pierres Jaumâtres.
Quant à nos maraîchers Filip et Jehan, ils sont au confluent du Cher et de la Tartasse dans cette magnifique vallée et leurs terres sont le symbole même que les Indiens gagnent parfois. En effet, si un GPII des années 1970-90, le barrage de Chambonchard, n'avait été finalement abandonné en 1999 grâce à une forte mobilisation citoyenne, elles seraient englouties sous plusieurs dizaines de mètres d'eau. Au lieu de ça, la vallée est intacte, superbe et leurs terres nourrissent avec des légumes biologiques une cinquantaine de familles dont les leurs et la mienne au sein d'une amap.
Comme quoi un autre choix de société est possible.

​Janvier 2015

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