Chasse en cours... Soyez vigilants...

Chacun d'entre nous a déjà vu ce panneau sur le bord des routes car il est obligatoire : les chasseurs doivent avertir des chasses. Toutefois ce simple panneau de sécurité fonctionne comme un véritable lapsus révélateur du problème que représente la chasse dans les campagnes françaises. A partir de la mi-septembre et pour 6 mois, la chasse est en cours, partout et tout le temps en cours, les chasseurs chassent les sangliers qui sont les vrais dangers signalés par le panneau et c'est aux habitants et aux autres usagers de la campagne d'être vigilants, de faire attention pour ne pas se faire tirer dessus. On voit là tout le discours de la Fédération nationale des chasseurs, discours très offensif depuis quelques années pour défendre un loisir moribond et contesté, sans jamais remettre en cause les chasseurs et la chasse auxquelles la société doit s'adapter. Cette inversion de la réalité car ce serait normalement à la chasse de s'adapter à la société invite à une autre inversion : partons à la chasse aux chasseurs...   

Une pratique moribonde

La chasse est une pratique en perdition, contestée par presque tous et pratiquée par presque plus personne. Au niveau démographique, pour les chasseurs, c’est la catastrophe: 2,2 millions de chasseurs en 1976, deux fois moins en 2018 soit 1,1 millions de chasseurs licenciés en France. Et l’avenir n’est pas plus rose: les chasseurs sont vieillissants. 53% d’entre eux ont plus de 55 ans et même 29% d’entre eux ont plus de 65 ans. Bref ça sent le sapin sous les gibecières. A l’évocation de ces chiffres je me demande même pourquoi je fais un article sur la chasse et les chasseurs qui semblent voués à une disparition rapide. Je pourrais tranquillement laisser ceux qui ne sont plus des perdreaux de l’année tirer le dernier perdreaux de leur vie avant que le problème se règle de lui-même. Toutefois ce serait oublier le caractère revendicatif de ces chasseurs qui au fur et à mesure du dépérissement de leur pratique et de leurs effectifs sont de plus en plus vindicatifs à l’image de leur président Willy Schraen. Comme la bête acculée qui devient méchante, les chasseurs revendiquent leur existence à coup d’arguments tonitruants qu’il est bon de passer en revue.

Un loisir qui tue et qui fait souffrir, les hommes comme les bêtes

Loisirs et traditions ne sont plus des arguments recevables pour défendre la chasse car un loisir qui tue avec les accidents de chasse et qui repose sur la souffrance et la mort animale n’est plus acceptable pour la population qu’elle soit urbaine ou rurale. Les accidents de chasse sont en baisse mais ils sont encore trop nombreux pour une pratique loisir: entre 1998 et 2020, 3807 accidents ont été répertoriés, dont 505 mortels. De quel loisir accepterait-on qu’il tue une vingtaine de personnes par an? Par ailleurs les incidents de chasse sont très peu comptés car ils doivent pour cela être déclarés et le sont rarement. Pourtant, ces incidents fréquents sont importants pour les victimes: plomb dans les habitations ou les véhicules, plomb qui arrivent à proximité d’une personne, atteintes aux animaux domestiques par les balles ou les chiens, intrusions dans les propriétés… 

Seuls 39% des français interrogés, qu’ils soient urbains ou ruraux, pensent que la chasse est un loisir comme un autre et 65%, au contraire, que la chasse est une pratique cruelle selon une enquête Ipsos, Les français et la chasse, en septembre 2021. Cet aspect d’une chasse causant une souffrance animale est un élément fort de remise en cause. A l’heure où l’on traque à raison la souffrance animale dans les élevages et les abattoirs, comment accepter quelle soit gratuite dans un loisir du dimanche? Car cette souffrance animale est partout dans la chasse et dans toutes les chasses : la chasse à courre, à la glue, le piégeage et même la plupart des tirs laissent souffrir l’animal avant sa mort. Le sort des chiens de meute enfermés à l’année dans des chenils étroits et affamés avant les chasses sont aussi une trace de ce mépris pour l’animal. Cette cruauté, connue dans les campagnes, a été révélée par des vidéos sur les réseaux. Les vidéos de forçages de cerf par des chasses à courre jusque dans des villes, des chantiers de construction ou devant des portes de lotissements et sur le point d'être servis (tués à la dague) dans l’allée du garage ont montré l'acharnement des chasseurs et la souffrance de la bête avant la mise à mort. Ces pratiques sont inacceptables et ces vidéos montrent juste enfin la réalité de ce qui se déroulait à l’abri des regards dans nos forêts. Les chasseurs à courre ont bien compris cet enjeu médiatique et les grandes chasses d’Île-de-France recrutent maintenant des suiveurs qui ne chassent pas mais sont là pour surveiller les anti-chasses qui les filment et les journalistes. La chasse ne peut donc plus prétendre être un loisir et une tradition comme un autre: elle est contestée majoritairement et ce puissant lobby s’est donc trouvé de nouveaux arguments pour se justifier. 

Les premiers écologistes de France?

Alors un argument magique est arrivé, basé sur le principe bien connu de tous les menteurs: plus un mensonge est gros, plus ça passe. Cet argument a pris la forme d’une campagne de publicité propagande au slogan interrogatif car poser une question si aberrante c’est déjà y répondre: «Les chasseurs: les premiers écologistes de France?». Vous voyez les images de cette campagne ci-contre pour ceux qui aiment le second degré. Cette campagne n’a absolument pas pris, la ficelle était trop grosse, comme disent les poseurs de collet. Toutefois elle montre l’idée phare des chasseurs: répondre aux écologistes qu’ils considèrent comme leurs ennemis, ces empêcheurs de tuer à loisir. C’est aussi la première fois que leur communication rentre dans une nouvelle stratégie: la captation d’image. Prendre l’image de l’écologiste pour détruire le discours écologiste qui s’oppose à la chasse, être "l’écologiste de terrain contre les écologistes de salon". Ce changement de discours, cette agressivité de la communication est due en grande partie à l’élection à la tête de la Fédération nationale des chasseurs en 2016 de Willy Schraen, lobbyiste tonitruant et véritable «Trump de la gâchette» selon les mots d’un de ses opposants qui a souvent eu affaire à lui, Yves Vérilhac, président de la LPO.

S’il est vrai que localement des chasseurs peuvent participer à des actions favorables à l’environnement comme des plantations de haie, ils n’agissent que dans l’intérêt du gibier et de la chasse et pas de l’environnement ou de la biodiversité: la haie servira le gibier donc la chasse. En effet pour un chasseur, un bon animal est un animal que l’on peut tuer et la biodiversité à préserver n’est qu’une biodiversité chassable, pas la biodiversité en général. Ainsi les fédérations départementales pyrénéennes de chasseurs se sont opposées à la réintroduction du bouquetin dans leurs départements au seul motif que le bouquetin n’est pas chassable en France et risquerait de contaminer ou de concurrencer le chamois qui, lui, est chassé. On voit là le niveau d’amour de la biodiversité des chasseurs.

Pour le reste, cet amour de la biodiversité de nos « premiers écologistes de France » se retrouve aussi dans la liste des espèces d’oiseaux chassables en France. Il y a 65 espèces d’oiseaux chassables en France métropolitaine alors que les autres pays européens n’autorisent à la chasse en moyenne que 39 espèces. Ces 26 espèces supplémentaires laissées aux chasseurs hexagonaux s’expliquent par le fait qu’en France on chasse les espèces menacées d’extinction: 20 espèces d’oiseaux chassables en France sont en effet des espèces de la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) car considérées comme des espèces menacées. Ces espèces sont protégées dans les autres pays européens et comme ce sont principalement des migratrices, elles sont tirées lors de leurs migrations ou de leur hivernage en France. En effet, 20% des prises annuelles des chasseurs français sont des oiseaux migrateurs terrestres et 13% est du gibier d’eau, en grande partie migrateur lui aussi, selon les chiffres de la FNC elle-même. Pour voir toutes ces espèces chassables, le site de la FNC propose de jolies photographies de ces espèces car il est nécessaire d’identifier le gibier chassé. Les premiers écologistes sont donc avant tout les premiers décimeurs de la biodiversité françaises chassant les espèces vulnérables et fragiles.

Parmi celles-ci se trouve la tourterelle des bois classée vulnérable par l’UICN, protégée partout en Europe et dont la population a été divisée par 5 entre 1980 et 2015. La France la reconnaît vulnérable mais chassable avec une confusion qui ne s’explique que par le lobbying des chasseurs. Le comité scientifique du Plan Biodiversité de 2018 recommande de ne plus la chasser du tout en raison de la chute de sa population (-80% en 40 ans). Dans la foulée et de manière totalement contradictoire, un arrêté ministériel autorise le tir de 30 000 oiseaux annuels. A partir de 2019, un autre arrêté fixe des autorisations annuelles: 18000 pour 2019-2020, 17460 (soyons précis dans le carnage!) pour 2020-2021. Donc cet animal en déclin hyper rapide, protégé partout, peut être chassé avec l’aval du ministère de la Transition écologique qui gère aussi la chasse. De toutes façons, ces limitations ne sont que des faux-nez puisque le comptage des animaux tués est laissé aux chasseurs eux-mêmes qui doivent déclarés sur une application les tourterelles des bois tuées. On voit là une aberration complète: confier à un chasseur qui a décidé de chasser un oiseau en voie de disparition le soin de déclarer ceux qu’il a tués en risquant de s’empêcher d’en tirer plus. Ces dispositifs n’ont donc aucune chance de sauver la tourterelle des bois puisque, de toutes façons, ils ont comme unique but de sauver la chasse à la tourterelle des bois.

L’argument des chasseurs premiers écologistes de France n’a donc pas fonctionné et à raison, si ce n’est auprès du ministère de la Transition écologique pour pouvoir céder tête haute au lobby de la chasse et de quelques élus locaux comme Laurent Wauquiez qui, en Auvergne-Rhône-Alpes a confié biodiversité et environnement aux chasseurs en même temps qu’une grosse enveloppe financière au début de son premier mandat (article). Ce faux-nez du chasseur écologiste a cependant été la base de l'argument central actuel des chasseurs: celui de la régulation des espèces, un argument aussi à mettre en question.

Les chasseurs et l'argument de la régulation

A l’argument écologiste, trop risible pour être crédible, a succédé dans la stratégie offensive de la FNC et de son président, l’argument de la régulation. Il est important car il est la légitimation fondamentale, la pierre angulaire de tout le discours pro-chasse. C'est lui qui autorisait par exemple les chasseurs à pouvoir sortir en plein confinement. L'argument est le suivant : c’est à la chasse et aux chasseurs de réguler les espèces et d’éviter les proliférations  par des «prélèvements de régulation». On voit bien l’évolution du discours: la chasse était un loisir, elle devient une fonction sociale, une nécessité, les chasseurs ayant la mission de réguler les écosystèmes et de protéger les campagnes des animaux (nuisibles). Ce terme est entre parenthèses car la nuisibilité ne veut rien dire en écologie, chaque espèce ayant ses fonctions dans l'écosystème. Si on l’enlève de la phrase on voit déjà le non-sens poindre : les chasseurs protègent la campagne des animaux, ce qui ne veut pas dire grand chose. Toutefois l'argument de la régulation est au coeur du discours pro chasse et il faut voir si cet argument n'est pas lui aussi mensonger car tout ce qui semble reposer sur le fameux «bon sens» ne repose bien souvent sur aucun fondement si ce n’est la paresse intellectuelle. Alors, si l’on creuse un peu, quels sont les gibiers tués par les chasseurs français qui pourraient faire d'eux des régulateurs? 

Réguler des espèces en tension?

On trouve la répartition ci-contre en image sur le site de la FNC. On a déjà vu que pour 20% étaient des migrateurs terrestres et pour 13 % du gibier d’eau, c'est-à-dire pour 33% des espèces d'oiseaux en tension et qu’il n’y a pas à réguler si ce n’est en les favorisant et en arrêtant de les chasser pour les laisser se développer. A ces espèces qu’il n’y a pas à réguler s’ajoutent pour 4 % les gibiers de montagne, petits et grands : chamois, mouflons, marmottes, lièvres variables, lagopèdes, grands tétras et tétras-lyre… Si l’on additionne on se retrouve déjà avec 37% des prises qui sont des espèces en tension  plutôt à laisser se développer qu’à détruire : nos écologistes régulateurs font donc le contraire de ce qu’il faut pour ces espèces.

Réguler du gibier d'élevage?

Le petit gibier sédentaire représente quant à lui 32 % des animaux tués en France selon la FNC : lapins, lièvres, perdrix, pigeons, faisans… Là encore ces espèces sont loin de proliférer et d’être un danger pour nos campagnes et, ce, à tel point que ces animaux sont avant tout des animaux d’élevage, élevés, lâchés pour être tués. Cette vérité est connue mais son ampleur l’est moins comme le montrait un article La chasse nuit à la biodiversité: «« 20 millions d’animaux sont élevés chaque année pour la chasse, c’est autant que les cochons pour la viande », indique Pierre Rigaux, qui précise qu’une partie sont exportés. Le Syndicat national des producteurs de gibier de chasse a dénombré quelque 1500 élevages d’où sont issus 14 millions de faisans, 5 millions de perdrix grises et rouges, 1 million de canards colverts, 100.000 lapins de garenne, 40.000 lièvres, 10.000 cerfs et 7.000 daims. En tout, un tiers des 30 millions d’animaux tués chaque année seraient issus d’élevages». Parmi ces espèces élevées, principalement du petit gibier sédentaire, ces 32% des prises annuelles, qui ne devraient donc pas être chassées puisqu'on les produit pour les chasser, ce qui n'est pas de la régulation.

Un grand gibier en expansion pour des raisons complexes

Nous voila donc avec 69% des animaux tués par les chasseurs, plus des deux tiers, qui n’ont rien à voir avec la régulation, soit avec des populations fragiles, vulnérables ou protégées, soit avec des populations sortant d’élevage… Le faux-nez du chasseur régulateur en prend un coup mais il reste encore 31% des prises selon la FNC qui sont du grand gibier et souvent l’argument central des chasseurs : cerfs, chevreuils, sangliers… Ces populations sont en effet en progression. Les raisons de celle-ci sont complexes : réchauffement climatique qui favorise les fruits forestiers (faînes, glands et châtaignes) dont ils se nourrissent et qui donne des saisons plus longues permettant une deuxième mise bas annuelle, absence de prédateurs naturels pour les adultes… Certaines viennent aussi des chasseurs eux-mêmes. Pendant les années 1970, la raréfaction du petit gibier de plaine en raison de la surchasse a poussé les chasseurs à se tourner vers ces grands animaux, auparavant peu présents et peu chassés. Il s’en est suivi une stratégie de développement de ces gibiers, principalement des sangliers: élevés et relâchés, agrainés et nourris dans la nature. 

Le cerf, l'ONF et la forêt.

Parmi ces 3 espèces, les cerfs et chevreuils posent moins de problèmes à l'agriculture mais gênent la politique de l'ONF qui veut une production "industrielle" et très rentable de bois dans nos forêts. Or cerfs et chevreuils adorent manger les jeunes, pousses, bourgeons et écorces tendres. Dans une forêt normale c'est utile et cela permet de limiter le nombre de jeunes plants qui se développent et évite d'assombrir ou d'encombrer le sous-bois. Dans des parcelles plantées pour produire du bois, c'est problématique en terme de rentabilité puisqu'on veut que chaque plant donne un arbre abattu 20 ans plus tard pour être vendu. Toutefois on peut se poser ici la question essentielle de quelle forêt voulons-nous car il est vrai que les ongulés sont génants dans des parcelles de production de bois mais ne le sont pas dans une forêt normale constituée principalement de grands arbres hors de danger et de jeunes pousses surabondantes dont seules quelques unes ont vocation à donner des arbres. Enfin la répartition des cerfs est très irrégulière et une vraie régulation pourrait être de piéger les cervidés pour les déplacer aux endroits où ils sont peu nombreux puisque l'empreinte humaine sur le paysage empêche ces migrations qui se feraient naturellement sinon.

Le sanglier, bête noire de la régulation. 

Les sangliers peuvent, eux, poser des problèmes en agriculture car l'hiver, quand la forêt les nourrit moins, ils sortent dans les champs proches pour se nourrir de vers ou graines qu'ils fouissent dans le sol ravageant les parcelles. Reste que la régulation de cette espèce par les chasseurs est loin d’être évidente. En effet, les pratiques d'agrainage continuent, faites par les chasseurs pendant la période maigre. La raison:  éviter que les sangliers aillent dans les cultures en les nourrissant ailleurs, on parle d'agrainage dissuasif. La conséquence réelle: un soutien de la population de sanglier qui n'est plus limitée par cette disette d'hiver et qui est en même temps favorisée en pleine période de rut (décembre février), car la disponibilité alimentaire au moment du rut est un facteur de fécondité d'une espèce animale. De même, les chasseurs ne jouent pas toujours pleinement leur rôle affiché de régulateurs. Ils procèdent souvent à des tirs sélectifs qui consistent à tirer les vieux mâles prestigieux et les jeunes plus tendres et savoureux. Or pour éviter une prolifération de l'espèce, ce sont les laies adultes qu'il faudrait tuer. Une laie c'est une ou deux portées de 6 marcassins par an alors que tuer des jeunes et des mâles ne change rien à la prolifération de l'espèce. Par ailleurs les chasseurs pensent par territoire de chasse et non par objectif global. Même s'ils sont censés réguler, ils préfèrent ne pas mettre en péril le sanglier sur leur territoire pour conserver ce plaisir du tir et la satisfaction de la chasse facile avec un gibier abondant, la gloire du tableau de chasse. Par ailleurs, ils ont bien compris que la bête noire, le sanglier, était la seule validation de leur rôle prétendu de régulateur : plus les effectifs de sangliers sont hauts, plus leurs dégâts sont visibles, plus la chasse reste validée par le fameux "bon sens" alors que l'examen actuel que nous faisons montre qu'il n'en est rien, puisque depuis que les chasseurs chassent le sanglier, ces populations ne cessent d'augmenter en grande partie de leurs fautes. S'il faut réguler les sangliers en l'absence de prédateurs, on peut se poser une question: est-il raisonnable de confier cette régulation aux chasseurs qui sont les alliés objectifs du sanglier puisque plus il y a de sangliers, plus la chasse semble légitime? D'autres pays on choisit d'autres solutions. En Allemagne, c'est l'armée qui est chargée de cette régulation dans des postes de tirs. On peut aussi développer le piégeage qui consiste à piéger les animaux là où ils font des dégâts avec des cages et ils sont ensuite exécutés. Rien n'oblige donc à choisir la solution française de la chasse qui ne marche pas puisqu'au bout de 40ans de régulation du sanglier par les chasseurs, les effectifs et les dégâts n'ont jamais été aussi importants.

Les nuisibles ou ESOD, des espèces "régulées" à réévaluer.

A côté du sanglier, les chasseurs "régulent" aussi les espèces "nuisibles". Ce caractère de nuisibilité ne signifie rien en écologie et même la législation française l'a supprimé en 2019 pour lui substituer celui d'ESOD, Espèces Susceptibles d'Occasionner des Dégâts. Parmi celles-ci, on trouvera le renard, les mustélidés (blaireau, belette, putois, fouine, martre...), les rats musquées et ragondins, les pies, corneilles noires, corbeaux freux, geais des chênes, étourneaux sansonnets mais ces listes sont changeantes et sont départementales en fonction des dégâts déclarés (voir arrêté). Ainsi le putois, espèce vulnérable et protégée en Europe a été heureusement sorti de cette liste au niveau national en juillet 2021. Certains départements ont aussi supprimé l'autorisation de destruction des renards car tous ces ESOD sont aussi des animaux dont il faut souvent revoir de manière scientifique l'impact. Le renard reste le meilleur exemple. Les chasseurs, par tirs, piégeages et déterrages en tuent entre 500000 et 600000 par an. Le prétexte du voleur de poules ne tient plus face au rôle fondamental qu'il joue comme prédateurs de rongeurs. Un renard peut manger 6000 rongeurs par an soit 20 par jour environ à l'heure où les pullulations de campagnols posent de nombreux problèmes. On en arrive donc à des contradictions aberrantes : pourquoi les chasseurs tuent-ils 500 000 renards par an qui auraient pu eux éviter 3 milliards de rongeurs? On se retrouve dans un cas où les pseudos régulateurs régulent de vrais régulateurs...

La régulation ou l'argument bidon pour le maintien de la chasse.

Il est le temps d'un petit bilan de cette fonction de régulation des chasseurs qui légitime leur existence et leur donne un fonction sociale. L'essentiel du gibier français, des 30 millions d'animaux tués annuellement, n'ont pas à être régulés. Entre les espèces en tension qui sont élevées pour être lâchées et tirées, les ESOD dont le statut est en réévaluation et les espèces vulnérables qui sont autorisées à la chasse en France et protégées partout, il ne reste véritablement que le sanglier au coeur de cette fonction de régulation. Or cette régulation du sanglier par les chasseurs est peu efficace, pour le moins, et pourrait être faite par d'autres moyens. La chasse du sanglier qui est majoritaire dans la communication de la FNC est en fait très minoritaire. Pour la saison 2019-2020, selon les chiffres du Chasseur français (qui n'est pas forcément anti-chasse), 809000 sangliers, 70 000 cerfs élaphes et 587000 chevreuils ont été «prélevés» sur 30 000 000 d’animaux tués par les chasseurs soit à peine 5%, avec seulement 2,7 % de sangliers. 

Toute la chasse française se justifie donc par moins de 3% du gibier français que les chasseurs sont censés réguler si l'on considère les sangliers seule espèce vraiment problématique. 97% des animaux tués par la chasse française chaque année le sont donc hors de toute fonction régulatrice voire contre une régulation saine qui consisterait à laisser des espèces vulnérables ou fragiles se redévelopper. Ce sont donc 97% des animaux tués en France qui ne le sont que pour le plaisir des chasseurs soit 29 millions d'animaux victimes de la chasse.

L'argument de la régulation n'est donc qu'un mensonge qui légitime la chasse, ses accidents, 29 millions d'animaux tués sans aucune nécessité et la plupart des espèces françaises mises en péril. Une chasse vraiment régulatrice ne concernerait aucun oiseau à part peut-être localement le pigeon ramier et une seule espèce principale : le sanglier. On est bien loin de ça et l'argument régulateur n'est donc qu'un faux-nez que Willy Schraen, le président de la FNC, a enlevé quelques instants en public le 9 novembre 2021. Invité aux Grandes Gueules sur RMC, Willy Schraen a répondu à son interlocutrice  : «Tu penses qu’on est là pour réguler… Mais tu n’as pas compris qu’on prend du plaisir dans l’acte de chasse ? [Tuer], ça en fait partie. Tu crois qu’on va devenir les petites mains de la régulation […]. Moi mon métier c’est pas chasseur, j’en ai rien à foutre de réguler»...  


Ci-dessous une infographie sur la répartition du gibier sur l'année 2013-14 concernant uniquement la chasse au tir (manquent : chasse à courre, chasses traditionnelles et piégeages, vénerie sous terre, chasse au vol)

Au Prochain Épisode : La Chasse Et La Ruralité.
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